Le demi-fond court en athlétisme,

 le 800m

Un débat permanent agite encore le Landernau de l'athlétisme

 

Pour certains, partir vite comme sur 400m est la clé du succès, pour d'autres partir vite est une erreur.

Equilibrer les deux tours est la solution.

En 1972 L'Américain Dave Wootle a impressionné les spectateurs, comme l'avait fait avant lui Dick Fosbury à Mexico, avant d'imposer le débat.

En 1976 le champion sur 800m fut Jauntorena 1'44''50 il fut aussi champion Olympique la même année sur 400m en 44''26, en 1972 Wootle s'imposa ( 1'45''9) en courant deux tours à la même vitesse. Aujourd'hui le coureur de 800m est un spécialiste de 800m et non plus un transfuge des distances adjaccentes 400m, 1500m.

Ces spécialistes sont dotés de caractéristiques spécifiques.

Phase de détermination des qualités physiologiques et physiques de la course du 800m

 Dans le cas présent tous les spécialistes le savent, la vitesse de base d’un athlète est une qualité incontournable. Elle est loin d’être la seule.

Si cette vitesse est inférieure à 22’’ou très proche de cette valeur au 200m les meilleures performances sur la course de  800m sont envisageables à condition de réunir des qualités  de puissance aérobie et de capacité lactique adéquate, la qualité technique de la  foulée et le courage inhérent à cette épreuve.

                    Une batterie de tests variés, autant d’outils sont à la disposition des entraîneurs et des athlètes pour estimer les différents déterminants de la performance sur le demi-fond et contrôler la forme du moment de l’athlète.

__Les test de vitesse pure

__Les tests de force

__La détermination de la vo2max et par voie de conséquence l’estimation de la VMA (vitesse maximale aérobie)

__La mesure de la lactatémie (mais nous sur le terrain n’en avons pas la possibilité)

__Les tests de Kosmin 800m  2*60’’ r :3’

__Les tests de kosmin 1500m 4*60’’ r :3’  r :2’  r :1’

__Test de mercier  2*50’’ r :3’ pour estimer la valeur de l’athlète sur 1’10’’

__ Utilisation des meilleures performances, pour calculer les puissances requises pour courir à chaque vitesse et  afin d’évaluer le potentiel maximum des déterminants de la performance que sont la  Pam (Puissance maximale aérobie), Can (capacité anaérobie), endurance, liés à ces performances et aux caractéristiques physiologiques de l’athlète

__Un  modèle 800m 1500m évaluera le potentiel de terrain à partir des déterminants de la performance calculés précédemment

__Utilisation du modèle EPI (entraînement par intervalles) (Thibault) afin de codifier certaines séances d’entraînement jusqu’à 110% de Pam

__Calcul du rapport entre Le pourcentage de Pam à la puissance de course requise et le pourcentage de Vam à la vitesse de course requise.

Prenons pour exemple le travail sur un groupe aux caractéristiques suivantes. (Insep)

La grande majorité des coureurs de niveau départemental sur piste et sur la distance étudiée entre dans les critères suivants :

Rappel des données physiologiques mesurées chez les coureurs.

Test de Vaussenat  Détermination de la VO2 max et de la vma: Courir par paliers de 3’ dès 8 kmh puis de deux  en deux kmh jusqu’à 17 kmh espacés par 1’de récupération (prises de lactates) , puis par  paliers de 1 kmh :

VO2max :66,3±2,3 mlO2/min/kg

Vma estimée : 19,9±0,2 kmh

Vma calculée : 19,2±0,5 kmh

Lactatémie : 10,6±2,5 mmoles

 

Course test sur 800m : Vitesse moyenne des courses 23,9±0,7 kmh

Temps réalisés : 120,8±3,4 s

% de la vma calculée : 123,9±5,8

% du VO2 max TUB : 120±3,8 (utilisation du système K4)

 

Déroulement classique d'un 800m.

Avant d’analyser le tableau ci-dessous, quelques explications sur le déroulement classique d’un 800m.

Un départ rapide, toujours tactique après un échauffement précis afin de limiter au maximum le déficit initial d’oxygène nous devons noter un premier 100m moins rapide que le second, même si on soustrait 0,5 seconde du au départ arrêté. Dans cette portion de 200m l’athlète atteint quel que soit son niveau environ 63% de sa consommation maximale d’oxygène. Il n’atteint sa consommation maximale qu’au bout de 45’’ environ. Ensuite selon ses caractéristiques propres il ne soutiendra celle-ci que 316m en moyenne. Malgré la contrainte absolue de tenter de maintenir sa vitesse de course dans le 3ème 100m la vitesse faiblit légèrement pour baisser de façon significative dans les 4ème et 5ème 100m dans le 6ème 100m la vitesse augmente de nouveau bien pour certains coureurs leur  vo2 max est encore proche de son maximum et qu’ils aient atteint la distance maximale qu’il peuvent soutenir à Vo2 max. On voit là déjà une utilisation  significative  de la capacité lactique or la nécessité de courir en moyenne à 120,8 % de vo2max. Le 7ème 100m, malgré la fatigue et le virage reste une portion de course rapide par rapport au reste de la course,  à ce stade le virage n’est plus un rein au dépassement (bien que l’athlète courant au second couloir effectue 1,92m en plus sur la totalité du virage. Le plus important alors est de se dégager et de ne pas se laisser enfermer.

Pour tous les niveaux de course envisagés, quelle que soit la performance, l’intention doit demeurer, mais il apparaît nettement que finir vite est un leurre.

Seule la fatigue est la responsable de ce ralentissement quelque fois brutal.

La vitesse chute alors de 3% à 7% par rapport à la vitesse moyenne de la course et pour le groupe examiné ici dans les 25 derniers mètres une  perte de 1,8111kmh est démontrée. Cela correspond à une vitesse effective moyenne de 112,3% de vma

 

Tableau :Variation des différents critères physiologiques mesurés au cours  d'un 800m test dans un groupe de coureurs homogènes dont les performances ci-dessous sont à    ± 1,5 secondes de leur maximum

 

Vo2 de départ

Ml/min/kg

Vo2 atteinte

ml/min/kg

Temps de tenue (sec)

Distance (m)

63% de Pam atteint

 pourTc = τ (sec)

 

 

15,9±4

68,1±5,4

45±10,6

316±74,9

12 à 24

 

 

Durée du plateau (sec)

Distance tenue (m)

Fin du plateau

(sec)

Distance parcourue(m)

Vitesse

 durant le plateau

%VO2

%Vma

33±5,7

219,5±40,5

78±14

535±104,5

24±0,5

120,8±2,9

124,4±5

Vo2 vers la fin du 800m

 

Durée

DISTANCE

% de diminution

%VO2max

 

54,5±7,1

 

43,1±16

265±10,5

20,7±7

82,7±9

 

 

 

 

 

Vitesse du dernier 25m

 

%vma

 

 

 

 

21,6±1,81111

 

112,3±9,6

 

Il faut chasser les idées toutes faites concernant l’entraînement aérobie du coureur de 800m

" Les footings ne doivent être réservés qu’à l’échauffement et à la récupération " Tous les autres secteurs d’entraînement doivent être maintenus toute l’année, une formule 1 ne s’entraîne pas pour les 24h durant une grande partie de l’hiver et vient avant les championnats faire des courses de dagster

L’exemple ci-dessus montre l’importance de l’estimation des critères évaluant les déterminants de la performance.

Le coureur de 800m n’est ni un sprinter ni un coureur de demi-fond encore moins un coureur qui possède à la fois les qualités d’un Juantorena, d’un El Guerrouj et d’un Gebresselasié.

Saïd Aouita le coureur le plus complet de tous les temps n’a pas réussi à dominer complètement le spectre du demi-fond. Jamais El Guerrouj n’a pris le risque du 800m et jamais Morcelli n’est descendu sous les 1’44’’

Kipketer, le plus efficace n’a jamais été un grand coureur de 1500m même s’il pouvait y figurer honorablement. Il  battit le record du monde dans un meeting avec un lièvre selon le modèle d'une course rapide exposé ci-dessus (1'41''11)

Le 800m est spécifique dans son approche et son entraînement ; Sera-ce l’homolactate ou l’homoaérobie qui l’emportera ? L’histoire sera belle à vivre !!!

 

Jacques Cullier Entraîneur Athlétisme 

 Isle – sur La Sorgue le 1 Juillet 2008